- CIE LA RUMEUR USINE HOLLANDER

2009
M FOR MURDER


2008
MADE IN JLG


2007
HOLA !


2006
LA DOUZIÈME BATAILLE D'ISONZO


2005
NOUVELLES DU GOSSE


2004
SI PEU DÉCIDÉ-S


2003
SI C’ÉTAIT UN SPECTACLE


2002
OU-BLI-É


2001
ÇA L'FAIT, ÇA L'FAIT PAS


2000
CASIMIR ET CAROLINE


1999
TU N'ES PAS RAISONNABLE


1998
POURQUOI PAS MAINTENANT


1997
USINE À RÊVES


1996
CHAMBRE(S)


1995
LE BOSSU LÈVE LA TÊTE VERS LE CIEL ET TEND LA MAIN

TRANSMETTRE LE THÉÂTRE ?
Par Bernard Fauveau.

Professeur de Lettres, j'ai travaillé pendant plusieurs années avec la compagnie La Rumeur dans le cadre d’un enseignement du théâtre au lycée (« enseignement » puisqu’il est l’objet d’une évaluation au baccalauréat). Un tel « enseignement » ne va pas de soi. Il y a quelque inconfort à vouloir faire du théâtre dans un cadre scolaire tant celui-ci et ses usages ne s’y prêtent guère. Je reste cependant convaincu que doit être ménagé au sein de l’institution scolaire cet espace privilégié d’expression. Le théâtre doit avoir sa place dans le processus de formation des jeunes dans la mesure où il est d’abord fondamentalement une pratique, celle du jeu. Jouer, au sens théâtral du mot, c’est être capable de maîtriser ses propres ressources pour les mettre au service d’une histoire qu’on veut faire partager. Le jeune découvre alors qu’il ne peut plus être sur un plateau comme il est dans la vie courante. Il est amené à être lui-même, mais en mieux : plus concentré, plus dynamique, plus sensible. C’est la totalité de la personne qui est ici sollicitée. Il a donc tout à gagner à cette expérience de la scène. Ce qu’il y acquiert, c’est sans doute une qualité d’être, même si cela est difficilement quantifiable et pas toujours prévisible dans le temps. La pratique du théâtre c’est aussi le lieu d’une nouvelle forme d’apprentissage. Ici il n’y a pas de modèle à reproduire. Point de livre du maître. Personne n’a au départ les réponses. On cherche ensemble. Quand je travaille en atelier il s’agit moins pour moi de transmettre un savoir que d’apprendre à regarder la personne que j’ai en face de moi et d’inventer le meilleur chemin pour l’amener où je pense qu’il est bon qu’elle aille. À travers essais et tâtonnements une forme s’élabore. Une forme théâtrale directement inspirée de la rencontre singulière entre la proposition initiale et les jeunes de l’atelier. On a appris à créer ensemble. Une telle pratique, si l’on veut qu’elle demeure vivante, ne doit pas rester enfermée entre les murs de l’école. Elle doit s’ouvrir sur la création d’aujourd’hui. Faute de quoi elle court le risque de s’affadir et de n’être plus qu’un enseignement académique du théâtre. C’est ce qui justifie l’intervention du partenaire artistique. Venant d’ailleurs, il est là pour témoigner de son engagement artistique et apporter son univers poétique. Un dialogue s’instaure et cet échange entre les deux partenaires, chacun travaillant aux objectifs de l’autre, est ce qui va nourrir le travail. Cela crée une situation originale qui oblige à inventer une manière de travailler ensemble. Ce « partenariat » prend tout son sens quand il y a une véritable rencontre avec une équipe artistique, engagée dans une authentique démarche de création, soucieuse elle-même d’ouverture. C’est ce qui fait à mes yeux tout le prix de cette sorte de compagnonnage qui s’est établi avec la compagnie La Rumeur.
Cette aventure commune nous avons souhaité la poursuivre sur le terrain de la formation des enseignants. L’enjeu est d’importance puisque dans les années qui viennent on va devoir recruter une nouvelle génération d’enseignants. Comment sensibiliser les enseignants à ce qui fait la spécificité d’une démarche artistique alors que leurs études ne les ont pas préparés à cela ?
L’an dernier nous avons pu organiser à l’Usine, dans le cadre du plan de
formation continue de l’académie de Créteil, un stage avec Patrice Bigel pour les enseignants désireux de se lancer dans des projets théâtraux. Cette année, c’est un stage de dix jours pour les enseignants déjà engagés dans une action avec leurs élèves. Un lieu de fabrique de théâtre comme l’usine Hollander, l’originalité de la démarche de la compagnie, l’expérience acquise sur le terrain de la formation font de La Rumeur un partenaire de choix pour le développement de telles actions. Aujourd’hui le nouveau contexte politique ne nous incite guère à rêver et nous avons toutes les raisons de craindre qu’un frein ne soit mis au développement des activités artistiques à l’Ecole. Transmettre à d’autres nos expériences, susciter chez de nouveaux enseignants des désirs de théâtre et leur donner envie de se lancer à leur tour dans des aventures théâtrales avec leurs élèves, c’est peut-être le meilleur moyen de préserver l’avenir et de faire en sorte qu’une authentique pratique théâtrale puisse se développer à l’Ecole.